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Rapport sur le Mal-logement de la Fondation Abbé Pierre : Focus sur les abandonnés des institutions. Décryptage.

La question du logement et de son poids dans le pouvoir d’achat ne s’est jamais autant posé que sur ces trois derniers mois. Entre l’effondrement d’immeubles à Marseille et le mouvement des Gilets Jaunes largement concentré sur la paupérisation de la société, ces questions se discutent enfin. Pourtant, c’est dans la discrétion qu’est sorti le 1er février, le 24e rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre sur L’état du mal-logement en France. Un rapport qui tire de nombreuses analyses dont une qui concerne tout particulièrement les professionnels du travail social : l’Etat abandonnerait à la rue un grand nombre de personnes accompagnées en institutions.
Focus sur la 1ère partie du rapport : Aux portes de la rue. Quand l’État abandonne les personnes sortant d’institutions

Aide Sociale à l’Enfance, Protection Judiciaire de la Jeunesse, Prison, Hôpital psychiatrique : les professionnels de l’exclusion sociale connaissent bien ces institutions. En 2012, 26% des personnes sans-abris se déclaraient comme d’anciens « enfants placés en protection de l‘enfance ». 7000 sans-abris disaient s’être retrouvés à la rue suite à un passage en institution. Si l’association ATD Quart-Monde a mis en avant l’exclusion comme un processus et donc comme un enchaînement d’évènements, on ne peut pas rejeter le passage en institution comme moment déclencheur d’une rupture. De multiples ruptures quand, au sein d’un parcours d’hospitalisation psychiatrique, d’une prise en charge ASE, les personnes changent régulièrement d’établissement de prise en charge.

 

SORTIE DE DISPOSITIF : LE CERCLE VICIEUX QUI PEUT MENER A LA RUE

Côté protection de l’enfance, le polémique reportage de Pièces à Conviction du 16 janvier 2019 est venu illustrer le recul des Conseils Départementaux sur les dispositifs d’accompagnement Jeunes Majeurs qui permettent d’assurer un sas entre la vie en institution et la vie en autonomie.
Mais ce n’est qu’une dimension du problème. Depuis 2003 et son livre « L’échec de la protection de l’enfance »[1] , Maurice Berger alertait déjà sur les multiples ruptures sociales induites par une prise en charge ASE, qui sont génératrices ensuite d’exclusion sociale. Dans les centres d’hébergement d’urgence pour sans-abris, les professionnels les reconnaissent, ces jeunes « institutionnalisés ». Habitués à évoluer avec les éducateurs et travailleurs sociaux, ils portent en eux le foyer et ne sont pas forcément aptes à vivre seuls. Mais en famille, combien d’enfants sont aptes, au jour de leurs 18 ans, à vivre seuls et autonomes ?

Comment amener la personne à créer du lien hors de l’institution ? C’est un combat de tous les jours pour les éducateurs et moniteurs-éducateurs travaillant dans la protection de l’enfance. Mais quand il s’agit de centres fermés, prison, hôpital psychiatrique, la tâche est encore plus compliquée. Comment permettre à une personne emprisonnée de retrouver un emploi quand elle ne peut pas accéder à internet et que seulement 67 postes de conseillers Pôle Emploi sont mobilisés pour les 186 établissements pénitentiaires français[2] ? Sans emploi, si l’on ne possède pas un réseau familial assez solide, il est compliqué de trouver un logement. Entre 2015 et 2017, 23% des prisonniers sortants se retrouvaient sans solution de logement ou en logement précaire à leur sortie[3]. Le cercle vicieux à l’origine de nombreux passages à la rue pouvait donc s’installer.

 

UNE VOLONTE ETATIQUE QUI POURRAIT MENER VERS DU MIEUX

Le rapport de la Fondation Abbé Pierre vient rappeler que ces publics étaient à l’origine les publics cibles des Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS). Mais depuis leur création en 1953, leurs missions ont été élargies à tout adulte ou famille en difficulté sociale. Laissant moins de places à ces personnes aux profils très spécifiques et souvent caractérisés par une plus grande vulnérabilité.
Pourtant, on ne peut pas dire que le gouvernement délaisse ces publics. Au contraire, le Plan quinquennal pour le Logement d’abord et contre le sans-abrisme 2018-2022, identifie clairement ces publics comme nécessitant « une attention particulière », ce qui se traduit dans la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté par une contractualisation Etat-Départements pour réduire le nombre de sorties de l’ASE à 18 ans.

C’est un regard bien plus global qu’il faut en fait porter sur ces publics. L’étude INSEE de 2016 montre bien comment 21% des personnes des personnes ayant connu la rue après l’ASE l’ont vécu moins d’un an après leur sortie, mais que 39% de ces personnes l’ont connue au bout de dix ans. L’impact des ruptures de vie et des fragilités sociales qui en découlent peut prendre du temps à s’illustrer.

 

LES RECOMMANDATIONS DU RAPPORT

Le rapport de la Fondation Abbé Pierre n’est heureusement pas sans proposer de solutions, certaines applicables dans le cadre de la nouvelle philosophie à l’œuvre dans la politique du logement, Le logement d’abord, que la fondation soutient tout particulièrement.
Travailler en amont, au sein des parcours institutionnels, pour prévenir l’isolement et l’abandon des personnes accueillies, emprisonnées ou soignées.
Proposer une meilleure information de l’ensemble des professionnels, de la prise en charge des personnes jusqu’à l’attribution des logements, quant aux spécificités de ces publics et de leurs besoins.
Poursuivre certaines expérimentations permettant aux condamnés à de courtes peines ou aux malades brièvement hospitalisés, de conserver leur logement locatif sans que cela ne crée de dette pour eux à leur sortie.

Ce ne sont que quelques exemples, mais ils illustrent bien tout l’intérêt de ce rapport. De manière extrêmement didactique, il éclaire avec autant de rigueur que d’humanité, sur la réalité du mal-logement en France aujourd’hui. Le document est dense, 374 pages, mais réellement passionnant et instructif.
Mais le fait que l’on en soit à la 24e édition, illustre bien que ces excellentes prescriptions demeurent encore trop lettre morte. Rendez-vous dans un an pour le 25e opus, espérons-le un peu plus positif.

 

POUR ALLER + LOIN

Les 8 et 9 avril 2019, ASKORIA Rennes invite ses étudiants en formation en travail social, et tous les professionnels concernés par les questions de mal-logement, à participer à 2 demi-journées gratuites sur le thème.

Mal logement avril2019

Au programme : table ronde avec l'agence bretonne de la fondation l'Abbé Pierre / Visite du Bus Abbé Road / Découverte et échanges sur l'expérience Housing First Belgium.
Aller voir les journées Focus Mal-Logement


[1] Editions Dunod

[2] https://oip.org/en-bref/quels-moyens-existent-pour-reinserer-et-preparer-la-sortie-des-personnes-detenues/

[3] Enquêtes hebdomadaires Flash logement, administration pénitentiaire